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	<title>Prix Simone de Beauvoir pour la libert&#233; des femmes</title>
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		<title>Prix Simone de Beauvoir pour la libert&#233; des femmes</title>
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		<title>Discours de Julia Kristeva - prix Beauvoir 2011</title>
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		<dc:date>2016-05-01T13:55:05Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Julia Kristeva, Julie Augras, Tiphaine Martin</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Merci d'&#234;tre avec nous en ces temps de tension, temps confus, o&#249; c'est le mot de barbarie qui semble s'imposer. Ici pendant le temps de cette c&#233;r&#233;monie, ce sont d'autres mots que vous allez entendre, le mot libert&#233; et le mot femmes, et ceci n'est ni un ang&#233;lisme, ni du folklore. Nous sommes persuad&#233;s que c'est peut-&#234;tre la meilleure fa&#231;on de faire que la culture intelligente soit une civilisation, c'est-&#224;-dire synonyme des droits pour les hommes et pour les femmes. C'est dans cet esprit que (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.prixsimonedebeauvoir.com/-Les-discours-.html" rel="directory"&gt;Les discours&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Merci d'&#234;tre avec nous en ces temps de tension, temps confus, o&#249; c'est le mot de barbarie qui semble s'imposer. Ici pendant le temps de cette c&#233;r&#233;monie, ce sont d'autres mots que vous allez entendre, le mot libert&#233; et le mot femmes, et ceci n'est ni un ang&#233;lisme, ni du folklore. Nous sommes persuad&#233;s que c'est peut-&#234;tre la meilleure fa&#231;on de faire que la culture intelligente soit une civilisation, c'est-&#224;-dire synonyme des droits pour les hommes et pour les femmes. C'est dans cet esprit que nous sommes ici et merci de nous soutenir par votre pr&#233;sence dans ce combat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En remettant ce prix, j'ai le plaisir et l'honneur tous les ans, dans ce c&#233;l&#232;bre caf&#233; Les Deux Magots qu'elle fr&#233;quentait avec Sartre &#8211; un lieu prestigieux dont je remercie l'hospitalit&#233; et l'&#233;quipe en la personne de M. Jacques Mativa, Mme Catherine Mativa et de Francis Dupin, de rappeler quelques pens&#233;es de Beauvoir elle-m&#234;me concernant la libert&#233; des femmes et qui nous guident dans nos choix : elles soutiennent encore aujourd'hui l'espoir de nombreuses femmes &#233;prises de libert&#233;, et la r&#233;sistance au terrorisme &#233;conomique, politique et religieux sous toutes ses formes et sur tous les continents :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La fin supr&#234;me que l'homme doit viser, c'est la libert&#233;, seule capable de fonder la valeur de toute fin. La libert&#233; ne sera jamais donn&#233;e, mais toujours &#224; conqu&#233;rir. &#187; (Pour une morale de l'ambigu&#239;t&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous sommes libres de transcender toute transcendance, nous pouvons toujours nous &#233;chapper &#034;ailleurs&#034;, mais cet ailleurs est encore quelque part, au sein de notre condition humaine ; nous ne lui &#233;chappons jamais et nous n'avons aucun moyen de l'envisager du dehors pour la juger. Elle seule rend possible la parole. &#187; (Pyrrhus et Cin&#233;as) &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il n'y avait plus de Dieu pour m'aimer, mais je br&#251;lerais dans des millions de c&#339;urs. En &#233;crivant une &#339;uvre nourrie de mon histoire, je me cr&#233;erais moi-m&#234;me &#224; neuf et je justifierais mon existence. &#187; (M&#233;moires d'une jeune fille rang&#233;e)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et j'ajoute cette ann&#233;e ces mots que vous lirez dans Tout compte fait (1972) : &#171; &#201;CRIRE EST DEMEUR&#201; LA GRANDE AFFAIRE DE MA VIE. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est &#224; l'&#233;crivain Simone de Beauvoir que nous avons pens&#233; avant tout en attribuant le Prix Simone de Beauvoir pour cette ann&#233;e 2011.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant les trois premi&#232;res ann&#233;es de son existence, le prix Simone de Beauvoir pour la libert&#233; des femmes a distingu&#233; des femmes ou des associations qui font preuve d'engagements exemplaires dans la lutte pour les droits des femmes. 2008 : Taslima Nasreen et Ayan Hirsi Ali, menac&#233;es de fatwa par les int&#233;gristes islamistes. 2009 : le collectif iranien &#171; One million signatures &#187; pour son combat en faveur de l'abrogation des lois discriminatoires envers les femmes en Iran, [r&#233;compens&#233; par un prix] qu'est venue recevoir ici m&#234;me la grande po&#233;tesse iranienne Simin Behbahani. 2010 : deux femmes chinoises qui luttent pour les droits des femmes en Chine, l'avocate Guo Jianmei et la vid&#233;aste et professeure de litt&#233;rature Ai Xiaoming. Pour l'ann&#233;e 2011, le jury a estim&#233; qu'il &#233;tait important d'encourager la cr&#233;ativit&#233; des femmes, dans laquelle se manifeste et s'affirme leur &#233;mancipation, face au poids &#233;crasant des crises &#233;conomiques et sociales et aux menaces de banalisation des esprits et des cultures. Le prix Simone de Beauvoir pour la libert&#233; des femmes 2011 salue, dans cet esprit, l'&#339;uvre litt&#233;raire de Mme Ludmila Oulitskaia, dont la qualit&#233; exceptionnelle, jointe a un sens aigu de la justice et de la d&#233;mocratie, rappellera &#224; tous cette dimension fondamentale dans laquelle s'est r&#233;alis&#233;e la libert&#233; de Simone de Beauvoir elle-m&#234;me. En honorant une &#233;crivaine de langue russe, le prix s'adresse tout particuli&#232;rement aux femmes et aux opinions des puissances dites &#233;mergentes (les BRIC dont la Russie fait partie), pour lesquelles la libert&#233; des femmes reste un enjeu capital, &#224; conqu&#233;rir dans le respect des diversit&#233;s culturelles et sans c&#233;der sur ce changement de civilisation qu'annonce la libert&#233; pour le &#171; deuxi&#232;me sexe &#187; selon Simone de Beauvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ch&#232;re Ludmila Evgu&#233;nievna Oulitska&#239;a,&lt;br class='autobr' /&gt;
Vous &#234;tes l'auteur de nombreux romans et nouvelles (vendus &#224; plus de 2 000 000 exemplaires), ainsi que de plusieurs sc&#233;narios de films. Mais votre premier livre, Les pauvres Parents, est un recueil de nouvelles qui para&#238;t d'abord chez Gallimard avant de para&#238;tre en russe. Alors que les &#201;ditions Gallimard f&#234;tent leur 100e anniversaire, c'est un signe de la vitalit&#233; de cette maison, mais aussi de la langue fran&#231;aise, d'avoir publi&#233; pour la premi&#232;re fois un auteur comme vous, dont le courage existentiel et le talent litt&#233;raire ne font que se r&#233;v&#233;ler et s'affirmer avec le temps. Vous avez publi&#233; une dizaine ouvrages chez Gallimard : Sonietchka, M&#233;d&#233;e et ses enfants, De joyeuses Fun&#233;railles, Un si bel Amour et autres nouvelles, Le Cas du docteur Kousotski, Sinc&#232;rement Chourik, Mensonges de femmes, Daniel Stein, interpr&#232;te, et le dernier, Les Sujets de notre tsar.&lt;br class='autobr' /&gt;
Toujours, les femmes sont des personnages centraux de votre &#339;uvre : qu'il s'agisse de la famille russe, de l'&#233;migration, de l'avortement ou de la mort, de la mythologie (notamment grecque, avec Ulysse, P&#233;n&#233;lope et M&#233;d&#233;e) ou de l'imagination qui &#8212; de mensonge en innovation &#8212; rend les femmes insubmersibles dans les heures des traditions, religions, pers&#233;cutions et autres transformations des soci&#233;t&#233;s et des m&#339;urs : vos h&#233;ro&#239;nes traversent les amours et souvent cohabitent avec la mort, toujours habit&#233;es d'une ironie insaisissable qui en fait des vigiles au c&#339;ur de l'invivable. Vous vous d&#233;finissez comme pratiquant dans vos romans une &#171; anthropologie appliqu&#233;e &#187;, toujours aux &#171; limites d'Eros et de Thanatos &#187; (je vous cite).&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;crivaine phare de votre g&#233;n&#233;ration, vous vous faites l'&#233;cho du renouveau de la litt&#233;rature russe, dont vous esp&#233;rez qu'elle sera mieux lue et connue, lorsque le monde aura &#233;t&#233; si satur&#233; par une certaine litt&#233;rature au seul go&#251;t de &#171; coca-cola &#187; dites-vous, qu'il se tournera vers le style plus amer, caustique et dr&#244;le des textes russes&#8230; de vos textes, qui traitent de probl&#232;mes universels et ne s'interdisent aucun sujet : ni les probl&#232;mes interreligieux (exemple : Daniel Stein, traducteur), ni les passions politiques (Les Sujets de notre tsar). Le public fran&#231;ais vous conna&#238;t peu, le prix Simone de Beauvoir lui permettra, j'en suis s&#251;re, de vous d&#233;couvrir et red&#233;couvrir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;e pendant la Deuxi&#232;me guerre mondiale en Azerba&#239;djan o&#249; vos parents avaient &#233;t&#233; &#233;vacu&#233;s pendant la guerre, vous avez grandi &#224; Moscou et fait des &#233;tudes de biologie et de g&#233;n&#233;tique &#224; l'universit&#233; Lomonossov. Vous &#233;voquez ce qu'a &#233;t&#233; l'identit&#233; pour une petite fille juive dans les ann&#233;es cinquante en Russie communiste : le personnage de votre r&#233;cit &#171; Le 2 mars de cette ann&#233;e-l&#224; &#187; vous ressemble beaucoup. &#171; J'aurais aim&#233; &#234;tre comme tout le monde, dites-vous en &#233;voquant cette situation. Mais il y avait quelque chose d'irr&#233;ductible dans l'attitude des autres envers vous. Ensuite, j'ai cess&#233; de vouloir &#234;tre comme tout le monde. &#187; L'antis&#233;mitisme vous a donn&#233; le d&#233;sir de ne pas &#234;tre &#171; comme tout le monde &#187; ! Et c'est possible ! Par la lecture et l'&#233;criture, qui vous cr&#233;ent un monde int&#233;rieur et produisent un effet th&#233;rapeutique. Partager avec tout le monde comment il serait possible de ne pas &#234;tre comme tout le monde : n'est-ce pas cela, la libert&#233; que procure l'&#233;criture !&lt;br class='autobr' /&gt;
La petite fille a grandi. Collaboratrice &#224; vos d&#233;buts du Th&#233;&#226;tre musical juif, vous avez fait partie du d&#233;sormais mythique spectacle de Lev Dodine. Vous avez particip&#233; activement au mouvement des dissidents et du Samizdat, avec Brodski et Soljenitsine. Vous &#233;crivez de nombreuses pi&#232;ces de th&#233;&#226;tre et des sc&#233;narios de films. Depuis le d&#233;but des ann&#233;es 1980, vous vous consacrez exclusivement &#224; la litt&#233;rature, et avez obtenu de nombreux prix litt&#233;raires en Italie, en Russie, en Allemagne et en France. Vous &#234;tes mari&#233;e au sculpteur Andre&#239; Krassouline, m&#232;re de deux fils, vous vous consacrez beaucoup &#224; l'&#233;ducation multiculturelle des enfants.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vous dirigez un projet, sous les auspices de l'Unesco, qui cr&#233;e des livres pour enfants, pour leur apprendre la diversit&#233; culturelle du monde et la tol&#233;rance interculturelle. Vous &#234;tes engag&#233;e aussi dans la lutte contre le sida, et votre libert&#233; de pens&#233;e vous conduit &#224; dire ce qui est pour beaucoup encore un tabou : il existe deux sexes, femmes et hommes, et m&#234;me trois, avancez-vous, les homosexuels pour les droits desquels vous vous engagez. De m&#234;me, dans une Russie moderne, complexe et tourment&#233;e, et qui apprend difficilement &#224; sortir du totalitarisme, vous &#234;tes au premier rang de ceux qui parlent le langage des Droits de l'Homme et de la d&#233;mocratie, sans craindre de d&#233;fier les autorit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F&#233;ministe, Oulitska&#239;a ? Certainement pas au sens st&#233;r&#233;otyp&#233; du terme, et vous nous direz comment, lectrice et admiratrice de Simone de Beauvoir, vous entendez : 1. Ne pas c&#233;der sur les droits des femmes &#224; la libert&#233; et &#224; la cr&#233;ativit&#233;, o&#249; que ce soit dans le monde 2. Mener cet engagement avec la finesse et l'art qui s'imposent &#224; chaque moment historique et dans chaque culture sp&#233;cifique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais puisque c'est l'&#233;crivain sensible &#224; la libert&#233; f&#233;minine et &#224; la rencontre des cultures que nous c&#233;l&#233;brons, je voudrais vous remettre ce prix Beauvoir 2011 avec des mots &#8212; peu connus &#8212; que j'ai trouv&#233;s chez un &#233;crivain que vous connaissez, que vous aimez, qui aimait les femmes et que Beauvoir consid&#233;rait comme un de rares hommes ayant compris les femmes : je veux citer Stendhal :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'admission de la femme &#224; l'&#233;galit&#233; parfaite serait la marque la plus s&#251;re de la civilisation. Elle doublerait les forces intellectuelles du genre humain, et ses chances de bonheur. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En russe cela donne ceci :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#1055;&#1086;&#1090;&#1086;&#1084;&#1091; &#1095;&#1090;&#1086; &#1074;&#1099; &#1087;&#1080;&#1089;&#1072;&#1090;&#1077;&#1083;&#1100; &#1082;&#1086;&#1090;&#1086;&#1088;&#1099;&#1081; &#1095;&#1091;&#1074;&#1089;&#1090;&#1074;&#1080;&#1090;&#1077;&#1083;&#1100;&#1085;&#1099;&#1081; &#1082; &#1078;&#1077;&#1085;&#1089;&#1082;&#1086;&#1081; &#1089;&#1074;&#1086;&#1073;&#1086;&#1076;&#1077; &#1080; &#1082;&#1074;&#1089;&#1090;&#1088;&#1077;&#1095; &#1082;&#1091;&#1083;&#1100;&#1090;&#1091;&#1088;, &#1103; &#1093;&#1086;&#1090;&#1077;&#1083;&#1072; &#1073;&#1099; &#1074;&#1072;&#1084; &#1074;&#1088;&#1091;&#1095;&#1080;&#1090;&#1100; &#1101;&#1090;&#1091; &#1085;&#1072;&#1075;&#1088;&#1072;&#1076;&#1091; &#1057;&#1080;&#1084;&#1086;&#1085; &#1076;&#1077; &#1041;&#1086;&#1074;&#1091;&#1072;&#1088; 2011 &#1089;&#1084;&#1072;&#1083;&#1086; &#1080;&#1079;&#1074;&#1077;&#1089;&#1090;&#1085;&#1099;&#1084;&#1080; &#1089;&#1083;&#1086;&#1074;&#1072;&#1084;&#1080;, &#1086;&#1076;&#1085;&#1086;&#1075;&#1086; &#1087;&#1080;&#1089;&#1072;&#1090;&#1077;&#1083;&#1103;, &#1082;&#1086;&#1090;&#1086;&#1088;&#1086;&#1075;&#1086; &#1074;&#1099; &#1082;&#1086;&#1085;&#1077;&#1095;&#1085;&#1086; &#1079;&#1085;&#1072;&#1077;&#1090;&#1077;, &#1082;&#1086;&#1090;&#1086;&#1088;&#1099;&#1081; &#1083;&#1102;&#1073;&#1080;&#1083; &#1078;&#1077;&#1085;&#1097;&#1080;&#1085; &#1080; &#1082;&#1086;&#1090;&#1086;&#1088;&#1086;&#1075;&#1086; &#1041;&#1086;&#1074;&#1091;&#1072;&#1088; &#1089;&#1095;&#1080;&#1090;&#1072;&#1083;&#1072; &#1082;&#1072;&#1082; &#1086;&#1076;&#1085;&#1086;&#1075;&#1086; &#1080;&#1079; &#1088;&#1077;&#1076;&#1082;&#1080;&#1093;&#1084;&#1091;&#1078;&#1095;&#1080;&#1085;, &#1087;&#1086;&#1085;&#1103;&#1074;&#1096;&#1080;&#1093; &#1078;&#1077;&#1085;&#1097;&#1080;&#1085; : &#1103; &#1087;&#1088;&#1086;&#1094;&#1080;&#1090;&#1080;&#1088;&#1091;&#1102; &#1057;&#1090;&#1077;&#1085;&#1076;&#1072;&#1083;&#1100; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#1044;&#1086;&#1089;&#1090;&#1080;&#1078;&#1077;&#1085;&#1080;&#1077; &#1078;&#1077;&#1085;&#1097;&#1080;&#1085;&#1099; &#1082; &#1089;&#1086;&#1074;&#1077;&#1088;&#1096;&#1077;&#1085;&#1085;&#1086;&#1084;&#1091; &#1088;&#1072;&#1074;&#1077;&#1085;&#1089;&#1090;&#1074;&#1091; &#1073;&#1080;&#1083;&#1086; &#1073;&#1099; &#1085;&#1072;&#1089;&#1090;&#1086;&#1103;&#1097;&#1080;&#1084;&#1079;&#1085;&#1072;&#1082;&#1086;&#1084; &#1094;&#1080;&#1074;&#1080;&#1083;&#1080;&#1079;&#1072;&#1094;&#1080;&#1080;. &#1054;&#1085;&#1086; &#1091;&#1076;&#1074;&#1086;&#1080;&#1083;&#1086; &#1073;&#1099; &#1091;&#1084;&#1089;&#1090;&#1074;&#1077;&#1085;&#1085;&#1099;&#1077; &#1089;&#1080;&#1083;&#1099; &#1095;&#1077;&#1083;&#1086;&#1074;&#1077;&#1095;&#1077;&#1089;&#1082;&#1086;&#1075;&#1086; &#1088;&#1086;&#1076;&#1072;, &#1080; &#1077;&#1075;&#1086; &#1096;&#1072;&#1085;&#1089;&#1099; &#1089;&#1095;&#1072;&#1089;&#1090;&#1100;&#1103;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#1052;&#1086;&#1078;&#1077;&#1090; &#1073;&#1080;&#1090;&#1100; &#1101;&#1090;&#1080; &#1089;&#1083;&#1086;&#1074;&#1072; &#1057;&#1090;&#1077;&#1085;&#1076;&#1072;&#1083;&#1103; &#1079;&#1074;&#1091;&#1095;&#1072;&#1090; &#1087;&#1077;&#1088;&#1074;&#1099;&#1081; &#1088;&#1072;&#1079; &#1085;&#1072; &#1088;&#1091;&#1089;&#1089;&#1082;&#1086;&#1084; &#1103;&#1079;&#1099;&#1082;&#1077;, &#1087;&#1086;&#1089;&#1083;&#1091;&#1095;&#1072;&#1102; &#1074;&#1072;&#1096;&#1077;&#1081; &#1085;&#1072;&#1075;&#1088;&#1072;&#1076;&#1077; &#1057;&#1080;&#1084;&#1086;&#1085; &#1076;&#1077; &#1041;&#1086;&#1074;&#1091;&#1072;&#1088;, &#1076;&#1086;&#1088;&#1086;&#1075;&#1072;&#1103; &#1051;&#1102;&#1076;&#1084;&#1080;&#1083;&#1072; &#1059;&#1083;&#1080;&#1094;&#1082;&#1072;&#1103; : &#1074;&#1072;&#1096;e&#1090;&#1074;&#1086;&#1088;&#1095;&#1077;&#1089;&#1090;&#1074;&#1086; &#1089;&#1087;&#1086;&#1089;&#1086;&#1073;&#1089;&#1090;&#1074;&#1091;e&#1090; &#1088;&#1077;&#1072;&#1083;&#1080;&#1079;&#1072;&#1094;&#1080;&#1080; &#1078;&#1077;&#1083;&#1072;&#1085;&#1080;&#1103; &#1057;&#1090;&#1077;&#1085;&#1076;&#1072;&#1083;&#1103;. / C'est peut-&#234;tre la premi&#232;re fois que ces mots de Stendhal seront entendus en russe, &#224; l'occasion de votre prix Simone de Beauvoir, ch&#232;re Ludmila Oulitska&#239;a : votre &#339;uvre contribue &#224; cette ambition qui est aussi la n&#244;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec toutes mes f&#233;licitations.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#1057;&#1077;&#1088;&#1076;&#1077;&#1095;&#1085;&#1086; &#1087;&#1086;&#1079;&#1076;&#1088;&#1072;&#1074;&#1083;&#1103;&#1102; &#1074;&#1072;&#1089; &#1089; &#1085;&#1072;&#1075;&#1088;&#1072;&#1076;&#1086;&#1081; &#1057;&#1080;&#1084;&#1086;&#1085; &#1076;&#1077; &#1041;&#1086;&#1074;&#1091;&#1072;&#1088; 2011.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Julia Kristeva&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Discours de Sma&#239;n Laacher - Prix Beauvoir 2016</title>
		<link>https://www.prixsimonedebeauvoir.com/Discours-de-Smain-Laacher.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.prixsimonedebeauvoir.com/Discours-de-Smain-Laacher.html</guid>
		<dc:date>2016-03-27T12:28:01Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sma&#239;n Laacher, Tiphaine Martin</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Sma&#239;n Laacher Professeur de sociologie &#224; l'universit&#233; de Strasbourg (UMR 7367 Dynamiques Europ&#233;ennes). &lt;br class='autobr' /&gt;
De l'indiff&#233;rence des violences faites aux femmes sur la route de leur d'exil &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce texte porte sur les violences faites aux femmes migrantes pendant leur voyage &#171; clandestin &#187;. Il s'agit de milliers de femmes qui &#233;taient particuli&#232;rement vuln&#233;rables dans leur pays d'origine ou qui le sont devenues au cours du voyage ou dans le dernier pays de transit. Les femmes qui constituent la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.prixsimonedebeauvoir.com/-Les-discours-.html" rel="directory"&gt;Les discours&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.prixsimonedebeauvoir.com/local/cache-vignettes/L150xH84/arton16-92cbf.jpg?1754257609' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Sma&#239;n Laacher &lt;br class='autobr' /&gt;
Professeur de sociologie &#224; l'universit&#233; de Strasbourg (UMR 7367 Dynamiques Europ&#233;ennes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;De l'indiff&#233;rence des violences &lt;br class='autobr' /&gt;
faites aux femmes sur la route de leur d'exil&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce texte porte sur les violences faites aux femmes migrantes pendant leur voyage &#171; clandestin &#187;. Il s'agit de milliers de femmes qui &#233;taient particuli&#232;rement vuln&#233;rables dans leur pays d'origine ou qui le sont devenues au cours du voyage ou dans le dernier pays de transit. Les femmes qui constituent la population de notre &#233;tude sont des femmes qui ont quitt&#233; ill&#233;galement leur pays et ont voyag&#233; jusqu'au Maroc, en Alg&#233;rie, en Espagne, et en France. Certaines, parmi elles, avaient au moment de l'entretien le statut de r&#233;fugi&#233; ou avaient d&#233;pos&#233; une demande d'asile comme au Maroc et en Alg&#233;rie. D'autres &#233;taient en situation irr&#233;guli&#232;re, donc sans document d'identit&#233; ni de s&#233;jour, dans les 4 pays visit&#233;s, en particulier en France et en Espagne. Au total une petite centaine d'entretiens. La grande majorit&#233; des femmes interview&#233;es dans les 4 pays, n'avaient pas de destination pr&#233;cise, si ce n'est celle d'un pays riche, parmi d'autres, et socialement protecteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un d&#233;part sans certitude&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les raisons du d&#233;part sont nombreuses et bien souvent enchev&#234;tr&#233;es : mis&#232;re mat&#233;rielle, recherche d'un travail, guerre, besoin imp&#233;ratif de se soigner ou de soigner ses enfants, violence organis&#233;e contre les femmes du seul fait qu'elles sont femmes, d&#233;sir de poursuivre sa scolarit&#233; ou de donner &#224; ses enfants la possibilit&#233; d'effectuer une scolarit&#233;, vouloir continuer des &#233;tudes universitaires, etc. Mais les raisons du d&#233;part ne nous livrent aucune information ni aucune pr&#233;cision sur ce que l'on appelle ordinairement le &#171; pays de destination finale &#187;, qui n'est d'ailleurs qu'une notion abstraite. Ce qu'il faut prendre en compte ce n'est pas une croyance g&#233;n&#233;rale et abstraite qui a cours aussi bien au Nord qu'au Sud, celle de croire que l'on veut &#171; quitter son pays pauvre pour aller dans un pays riche &#187;, mais bien un ensemble de variables fondamentales qui agissent puissamment sur la zone g&#233;oculturelle plus ou moins explicitement vis&#233;e. Quelles sont ces variables ? C'est l'&#226;ge, le niveau d'instruction, l'&#233;tat de sant&#233;, le sexe, la situation familiale, la nationalit&#233; et le lieu de r&#233;sidence (habiter pr&#232;s de la fronti&#232;re par exemple). Le cas de l'Alg&#233;rie est de ce point de vue int&#233;ressant. D'apr&#232;s l'enqu&#234;te sur Les migrants subsahariens en situation irr&#233;guli&#232;re en Alg&#233;rie, l'&#226;ge, le sexe et le niveau d'instruction sont des facteurs qui influent sur les projets de circulation dans un pays de &#171; transit &#187; : plus les personnes poss&#232;dent un fort capital scolaire plus elles souhaitent aller en Europe, plus leur scolarit&#233; a &#233;t&#233; courte, voir inexistante plus le d&#233;sir de s'installer (ou de &#171; rester &#187;) en Alg&#233;rie est fort ; plus on est jeune et plus on veut acc&#233;der &#224; un pays europ&#233;en ; plus on est &#226;g&#233; et plus faibles sont les forces physiques, psychologiques et morales plus on souhaite se &#171; fixer &#187; sur le territoire alg&#233;rien abandonnant ainsi l'id&#233;e de poursuivre sa route jusqu'en Europe. Enfin, les femmes savent que les conditions de vie en Europe sont infiniment meilleures que celles qu'elles ont connues chez elles ou celles qu'elles connaissent en Alg&#233;rie ou au Maghreb en g&#233;n&#233;ral.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est au moment tr&#232;s pr&#233;cis du d&#233;part et &#224; des moments pr&#233;cis au cours du voyage, en particulier dans le moyen de transport et lors des haltes, que les uns et les autres se trouvent rassembl&#233;s et assembl&#233;s. Aussi, le d&#233;part rassemble et met mat&#233;riellement ensemble des personnes de toutes conditions et aux multiples ambitions, voulant partir de leur pays pour des raisons diff&#233;rentes mais qui ont, sans aucun doute, une vision assez semblable de leur &#233;migration : &#233;chapper &#224; la mort ou &#224; la condition d'inutile au monde. Autrement dit, il n'existe aucun syst&#232;me de tri s&#233;lectif lors du d&#233;part ni pendant le voyage qui op&#233;rerait une distinction objective, ais&#233;ment reconnaissable et l&#233;gitime, entre celles et ceux qui quittent leur pays pour de &#171; bonnes &#187; raisons et celles et ceux qui quittent leur pays pour de &#171; mauvaises &#187; raisons. Sur la route, rien ne vient distinguer objectivement celui ou celle qui a fui la faim, de celui ou de celle qui a fui une pers&#233;cution, ou de celle qui fuit son pays parce qu'elle a &#233;t&#233; victime d'un viol collectif en toute impunit&#233; : ils partagent les m&#234;mes embarcations, sont transport&#233;s dans les m&#234;mes camions, se retrouvent dans les m&#234;mes haltes, subissent des violences, sans distinction de nationalit&#233;, font partie des m&#234;mes groupes de voyageurs, &#171; habitent &#187; dans les m&#234;mes &#171; ghettos &#187;, les m&#234;mes squats, les femmes seules ou avec enfants, &#171; mari&#233;es &#187; ou non, se livrent par n&#233;cessit&#233; &#224; la prostitution, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Femmes objet de violence parce que femmes&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La nature des violences subies par les jeunes femmes pendant leur parcours clandestin est en effet intiment li&#233;e aux modalit&#233;s du d&#233;part du pays d'origine : une femme qui part plus ou moins pr&#233;cipitamment ne s'expose pas aux m&#234;mes s&#233;vices qu'une jeune femme qui prend d&#233;lib&#233;r&#233;ment la d&#233;cision de partir et qui organise son voyage ou lorsque son voyage est minutieusement organis&#233; par d'autre, par exemple comme dans le cas de r&#233;seaux de prostitution. M&#234;me si dans tous ces cas, il y une m&#233;connaissance des risques et des dangers encourus. Les femmes qui partent ill&#233;galement de chez elles, accompagn&#233;es ou non par un proche ou un passeur, pour gagner ill&#233;galement le Nord, ou une femme qui d&#232;s le d&#233;part est prise par un r&#233;seau de prostitution et qui voyage, non pas en avion, mais par la route, sont exclues de la d&#233;finition des modalit&#233;s du voyage (route, pause, transport, travail, etc.) et, quand elles ne le sont pas enti&#232;rement, leurs choix sont des plus restreints. Cette remarque vaut bien entendu pour les femmes qui d&#233;lib&#233;r&#233;ment et en toute connaissance de cause partent de leur pays pour aller &#171; gagner leur vie &#187; en se prostituant dans un pays europ&#233;en.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Faire &#171; passer &#187; et &#171; trafiquer &#187; : deux activit&#233;s diff&#233;rentes &lt;/strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Il importe, ici, de s'arr&#234;ter un instant sur des enjeux de d&#233;finitions qui ne sont pas sans cons&#233;quences politiques. En particulier sur cette notion de &#171; traite des &#234;tres humains &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La Convention du Conseil de l'Europe sur la lutte contre la traite des &#234;tres humains, stipule dans son article IV (16 mai 2005) que : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; L'expression &#034;traite des &#234;tres humains&#034; d&#233;signe le recrutement, le transport, le transfert, l'h&#233;bergement ou l'accueil de personnes, par la menace de recours ou le recours &#224; la force ou d'autres formes de contrainte, par enl&#232;vement, fraude, tromperie, abus d'autorit&#233; ou d'une situation de vuln&#233;rabilit&#233;, ou par l'offre ou l'acceptation de paiements ou d'avantages pour obtenir le consentement d'une personne ayant autorit&#233; sur une autre aux fins d'exploitation. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Les anglo-saxons ont recours &#224; deux notions bien distinctes pour d&#233;signer ce qui est li&#233; au passage et &#224; l'accompagnement de migrant clandestins vers le pays de destination finale et l'organisation de l'exploitation &#233;conomique des personnes, hommes et femmes. Pour le passage et l'accompagnement des personnes ils parlent de smuggling (contrebandiers, ou plus largement &#171; passeurs &#187;), et pour la traite des &#234;tres humains ils utilisent le terme trafficking. Dans le premier cas de figure, les personnes sont li&#233;es par des &#171; contrats &#187; quasi officiels avec des devoirs et des obligations valant pour les uns comme pour les autres. Une fois le &#171; travail &#187; ou la &#171; mission &#187; effectu&#233;, il ne subsistera plus aucun lien de d&#233;pendance ni &#233;conomique, ni &#171; juridique &#187;, ni symbolique entre les &#171; transport&#233;s &#187; (les clandestins) et les &#171; transporteurs &#187; (les passeurs). La traite des &#234;tres humains est fond&#233;e sur des liens d'une tout autre nature : ce sont des liens de d&#233;pendance et de soumission qui se traduisent par une absence totale de libert&#233; d'action et de mouvement &#224; l'&#233;gard de l'organisation criminelle. L'enjeu pour cette derni&#232;re est de faire durer l'entreprise (au sens traditionnelle du terme) et d'accro&#238;tre sans cesse les profits au moindre co&#251;t. C'est dans cette perspective que toutes les ruses et les tromperies sont utilis&#233;es, en particulier &#224; l'&#233;gard des plus pauvres et des plus vuln&#233;rables (femmes, enfants et mineurs). Ainsi, ce qui diff&#233;rencie l'une et l'autre forme de criminalit&#233; ce sont les formes, les moyens utilis&#233;s et surtout les buts vis&#233;s. Mais en pratique il en va bien diff&#233;remment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'enjeu de l'identification&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'opposition entre ces deux formes de domination et de remise de soi aux autres (contrainte ou non) n'est pas toujours aussi tranch&#233;e. Ces formes peuvent appara&#238;tre successivement ou alternativement. Elles sont parfois enchev&#234;tr&#233;es au point que les victimes n'en font aucunement la diff&#233;rence. Le &#171; compagnon &#187;, le &#171; mari &#187; le &#171; fr&#232;re &#187; ou le &#171; papa &#187; peut &#234;tre &#224; la fois celui qui &#171; prot&#232;ge &#187; contre les agressions sexuelles des autres hommes, &#234;tre un bourreau, celui qui donne &#224; manger et h&#233;berge, qui soumet &#224; un v&#233;ritable esclavage sexuelle et &#224; un travail domestique forc&#233; la femme qui est sous sa &#171; protection &#187;. Autre configuration : en cours de route et dans des circonstances particuli&#232;res (besoin d'aide, d'argent, de nourriture, etc.), des liens peuvent se cr&#233;er sous la contrainte qui peuvent objectivement s'apparenter &#224; de la traite des femmes ; puis dans d'autres circonstances, ces m&#234;mes liens engageant les m&#234;mes personnes peuvent se d&#233;faire, il suffit que le protecteur meurt ou saisisse une occasion de passer seul une fronti&#232;re, etc. On comprend l'importance d'un travail patient et pr&#233;cis pour identifier les victimes de la traite des &#234;tres humains. Identifier ne signifie pas seulement acc&#233;der aux personnes et &#224; leur identit&#233; mais avant tout acc&#233;der &#224; l'intelligence des liens qui unissent l'exploit&#233;e &#224; son exploiteur et qui ne sont pas toujours v&#233;cus comme tels par la victime. Au Maroc, en Alg&#233;rie et en France, j'ai &#233;t&#233; en pr&#233;sence, dans la plupart des cas, de femmes qui avaient cherch&#233; ou cherchaient encore &#224; gagner l'Europe par des moyens traditionnels : trouver et payer des transporteurs et des passeurs &#8211; et donc &#233;tablir des liens de circonstance qui se d&#233;font aussit&#244;t la &#171; mission &#187; accomplie - pour les acheminer &#224; destination. Seules les femmes qui ont &#233;t&#233;, dans le pays d'origine, prises dans un r&#233;seau de prostitution, pouvaient ainsi &#234;tre qualifi&#233;es, sans aucun doute possible, comme victimes de la traite d'&#234;tres humains. Celles qui sont destin&#233;es &#224; la prostitution dans un pays riche ne se trouvent pas ou ne se rencontrent pas au hasard des routes ou lors de tel ou tel itin&#233;raire emprunt&#233;. Elles sont consid&#233;r&#233;es exactement comme des biens &#224; valeur d'&#233;change que l'on &#171; travaille &#187; (par le mensonge, la ruse, le chantage, l'instauration d'une relative confiance, etc.) et transporte sans encombre, que l'on accompagne et que l'on d&#233;pose dans des lieux s&#251;rs. Ce sont des corps marchandises qui ne peuvent circuler seuls. Ces femmes doivent constamment faire l'objet d'entretien, de surveillance et de menaces pour qu'elles n'&#233;chappent pas des mains de leurs employeurs de circonstance et qu'enfin arriv&#233;es au pays de destination elles soient mises au travail sans probl&#232;me ni r&#233;sistance majeure. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'esclavage sexuel, sans forc&#233;ment s'ins&#233;rer dans une logique franche et d&#233;lib&#233;r&#233;e de traite des &#234;tre humains, est la r&#233;sultante de rapports de domination sexuelle fond&#233;s sur une indisponibilit&#233; plus ou moins longue, pour les femmes, de ressources permettant de payer le passage, ou tout simplement de se nourrir, se v&#234;tir, se loger et, quand elles ont des enfants, d'allaiter et/ou de nourrir ces derniers. Alors, pour payer l'indispensable et le strict n&#233;cessaire, elles ont recours &#224; un &#171; m&#233;c&#232;ne &#187; et deviennent leur &#171; esclave sexuelle &#187;. Par ailleurs, l'&#233;conomie de la traite des &#234;tres humains exclut un commerce avec des personnes dot&#233;es d'une identit&#233; officielle car un des m&#233;canismes fondamentaux d'assujettissement total et permanent est, pr&#233;cis&#233;ment, l'absence d'existence officielle des victimes. Si un bien mort (une maison, une voiture, un portable, etc.) ne peut pas s'&#233;chapper intentionnellement des mains de son propri&#233;taire, une prostitu&#233;e peut, si les circonstances et la chance lui sont favorables, litt&#233;ralement dispara&#238;tre intentionnellement pour &#233;chapper &#224; une condition sociale impos&#233;e par la force et la violence. Autrement dit, une prostitu&#233;e m&#234;me victime de la traite des &#234;tres humains est une &#171; marchandise &#187; d'une nature particuli&#232;re : cette &#171; marchandise &#187; pense, parle, peut se d&#233;placer, se transporter seule, incognito (sans attirer l'attention). En un mot, elle n'est pas li&#233;e, par d&#233;finition ou par nature, au corps de son exploiteur. Contrairement &#224; la drogue et au trafic d'armes, chaque fait et chaque geste de la victime doit &#234;tre sous le regard et le contr&#244;le permanents du r&#233;seau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De la violence symbolique &#224; la violence nue du pouvoir souverain&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
En fait les violences faites aux femmes (quels que soient le lieu et les agresseurs) restent invisibles parce que tr&#232;s souvent les femmes demeurent inaccessibles : non de leur fait, non par choix social ou moral assum&#233;, mais parce que les femmes sont sous la domination et le pouvoir des hommes qui gouvernent leur parole et leur degr&#233; de visibilit&#233; dans l'espace public. Les m&#234;mes (les hommes) qui abusent d'elles ou les violentent. M&#234;me si ce sont les hommes qui sont les plus nombreux &#224; voyager clandestinement, ce sont toujours eux qui prennent la parole sur les malheurs survenus lors du voyage ; des malheurs en g&#233;n&#233;ral valant pour tous sans distinction. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais il y a une autre appr&#233;hension d'un th&#232;me tr&#232;s important qui doit &#234;tre soumis &#224; la critique, celui de la cat&#233;gorisation des &#171; types &#187; de violences sexuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le rapport sur&lt;i&gt; La violence sexuelle et Trans-migrants subsahariens au Maroc&lt;/i&gt;, les violences sexuelles sont ainsi cat&#233;goris&#233;es :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; violences sexuelles : viol, sodomie, tortures sexuelles, s&#233;questration puis n&#233;gociation pour &#233;changer la ou les filles, harc&#232;lement sexuel &#8211; exhibition forc&#233;e comme danser nue devant les autorit&#233;s &#8211;, exploitation sexuelle &#8211; prostitution forc&#233;e ; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; violence psychologique : menace, r&#233;clusion, injures ;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; violence physique : frapper avec des b&#226;tons, gifler, jeter de l'eau bouillante sur le corps, tabasser ;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; pratiques traditionnelles (mutilations sexuelles, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au HCR sa d&#233;finition de la violence organise celle-ci en cinq cat&#233;gories :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; violence sexuelle ;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; violence &#233;motionnelle et psychologique ;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; violence socio-&#233;conomique ;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; pratiques traditionnelles pr&#233;judiciables ;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; violence physique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai qu'une gifle n'est pas un viol. En fait, dans la configuration qui est la n&#244;tre ici (celle du voyage o&#249; les personnes existent sans existence officielle), les choses ne sont ni aussi simples ni aussi tranch&#233;es. Quelle que soit la nature de la violence expos&#233;e (une injure, une gifle, un coup de poing, une violence physique r&#233;p&#233;t&#233;e, un viol conjugal, un harc&#232;lement moral, etc.) l'acte qui en est &#224; l'origine cherche &#224; atteindre, dans tous les cas, l'&#234;tre m&#234;me de la personne en la for&#231;ant &#224; agir et &#224; penser contre sa volont&#233; et dans la peur. Le premier coup, comme ceux qui suivront, ne cesseront de rappeler et de faire comprendre &#224; celle qui les recevra que ce geste donne un droit plein et souverain &#224; celui qui le commet de faire ce qu'il veut de sa victime. Faire ce qu'il veut signifie : personne n'en saura rien &#224; l'ext&#233;rieur et donc personne n'interviendra en ma faveur. Le lieu des violences restera inaccessible &#224; un parent, une amie, un voisin. En un mot, point de secours possible. Ne plus &#234;tre &#233;pargn&#233;e, se savoir &#224; la merci de l'autre (de ses d&#233;sirs et de ses pulsions), ne plus avoir la certitude d'&#234;tre respect&#233;e en fonction de principes &#233;crits et non &#233;crits, ne plus avoir le droit de sentir ce que l'on veut sentir, c'est cela qui constitue la perte de la confiance dans le monde. Ces attentats au corps et &#224; l'esprit que sont les coups, le harc&#232;lement ou le viol, sont subjectivement et objectivement li&#233;s. Les coups ou les injures ne sont que les pr&#233;liminaires d'une violence potentielle qui n'attend que de s'exercer sans contrainte ni limite. Il me semble donc qu'il faut les appr&#233;hender non de mani&#232;re s&#233;par&#233;e mais comme constitutifs d'une conduite g&#233;n&#233;rale et r&#233;p&#233;t&#233;e inscrite dans une temporalit&#233; qui ne cesse de se prolonger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un parcours de violence dans l'indiff&#233;rence&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Lors de cette &#233;tude sur les violences faites aux femmes migrantes subsahariennes en Alg&#233;rie, au Maroc, en Espagne et en France la zone de violence la plus fr&#233;quemment &#233;voqu&#233;e dans le r&#233;cit des femmes &#233;tait celle du d&#233;sert. M&#234;me lorsqu'elles n'ont pas &#233;t&#233; elles m&#234;mes victimes d'agression sexuelle dans cet immense espace, elles ont bien souvent &#233;t&#233; mises en situation de t&#233;moins forc&#233;s. En dehors de cet &#233;tendue qu'est le d&#233;sert on peut rep&#233;rer deux autres configurations dans lesquelles ont peut distinguer deux groupes de femmes violent&#233;es. Tout d'abord celles qui l'on &#233;t&#233; dans leur pays d'origine. Les causes en sont multiples et g&#233;n&#233;ralement cumulatives : la guerre civile et ses viols collectifs par des militaires ou des milices arm&#233;es, la violence conjugale et familiale, la violence du groupe ethnique sanctionnant tout &#233;cart &#224; la norme, etc. Puis, celles qui en feront pour la premi&#232;re fois l'exp&#233;rience au cours du voyage. Ce n'est pas tant le passage de la premi&#232;re fronti&#232;re internationale qui est la plus difficile et la plus dangereuse. C'est lorsqu'il s'agit de passer clandestinement les fronti&#232;res de pays inconnues que le danger et les violences deviennent r&#233;els : du Mali ou du Niger &#224; l'Alg&#233;rie, de l'Alg&#233;rie au Maroc, du Mali &#224; la Mauritanie pour rejoindre l'Alg&#233;rie puis le Maroc, ou en passant par le Sahara occidental pour aller directement vers le Maroc, bien que cet itin&#233;raire soit relativement rare, car cette r&#233;gion est militairement dangereuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les violences et leurs effets&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
A ce propos je voudrais faire quelques remarques car cette dimension est rarement examin&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le voyage clandestin est l'occasion d'une nouvelle exp&#233;rience fondamentale : les relations entre les registres du public et du priv&#233; vont se trouver radicalement modifi&#233;es, c'est-&#224;-dire en r&#233;alit&#233; abolies, pendant le voyage, quels que soient le moment et le lieu (d&#233;sert, espaces urbains, lieux de passage ou d'installation plus ou moins durables, etc.). Les violences sexuelles &#224; l'encontre des femmes, quelle que soit la nationalit&#233; de ou des auteurs, sont exerc&#233;es et subies publiquement devant les hommes et les femmes de toutes les communaut&#233;s migrantes pr&#233;sentes pendant ces violences. Cela est particuli&#232;rement vrai dans le d&#233;sert ; mais dans les espaces urbains, en Alg&#233;rie et au Maroc, les femmes ne sont pas &#233;pargn&#233;es par la violence publique. Quand la violence sexuelle a lieu dans le d&#233;sert, elle va comme pr&#233;c&#233;der les femmes publiquement violent&#233;es. Bien avant d'arriver dans une des grandes villes du Nord du Maghreb (Alger, Rabat, Oran, etc.), les subsahariens (hommes et femmes) sauront qui a &#233;t&#233; viol&#233; et qui n'a pas &#233;t&#233; viol&#233;. Cette situation produit des effets imm&#233;diats et irr&#233;versibles en termes d'identit&#233; et de r&#233;putation des personnes. Les femmes infiniment plus que les hommes seront dor&#233;navant sales et souill&#233;es, devenues impures au mariage ou pour une liaison publique et l&#233;gitime. Elles seront triplement exclues : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; exclues par leur soci&#233;t&#233; d'origine ; cette souillure se surajoutera, d'une part au fait d'&#234;tre une femme qui a quitt&#233; les siens et d'&#171; avoir mal tourn&#233;e &#187; et, d'autre part aux s&#233;vices sexuels (si s&#233;vices sexuels il y a eu) qui ont eu lieu, l&#224; aussi publiquement, dans le pays d'origine ;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; exclues par les membres (femmes et hommes) de leur communaut&#233; d'origine ;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; exclues par les autres communaut&#233;s subsahariennes ;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; et, enfin, exclues, par la soci&#233;t&#233; (l'ensemble des groupes sociaux) o&#249; elles s&#233;journent plus ou moins durablement. &lt;br class='autobr' /&gt;
Femme, noire et &#171; putain &#187; deviennent, quasiment pour tous et toutes, non seulement des propri&#233;t&#233;s synonymes ou interchangeable, mais aussi et surtout trois &#233;l&#233;ments fondamentaux constitutif d'une identit&#233; assign&#233;e, dont il est quasiment impossible de se d&#233;faire tant que les conditions qui ont engendr&#233; et maintiennent cette identit&#233; sociale, sexuelle et &#171; raciale &#187; ne se sont pas socialement et spatialement radicalement modifi&#233;es. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le plus souvent les violences sexuelles sont tues. Elles sont indicibles ; mais ce qui vaut pour les femmes subsahariennes vaut bien entendu pour les femmes marocaines et alg&#233;riennes. Ce silence est ainsi justifi&#233; : &#171; le dire &#224; qui ? &#187;, &#171; en parler me fait trop mal &#187;, &#171; j'ai trop honte &#187;, &#171; qui apr&#232;s va vouloir de moi ? &#187;, &#171; si on le sait, je ne conna&#238;trai jamais l'amour &#187;, &#171; peut-&#234;tre qu'un jour j'oublierai &#187;, &#171; je pr&#233;f&#232;re garder le silence comme &#231;a personne ne me regardera mal &#187;, etc. Au sein m&#234;me des communaut&#233;s subsahariennes les femmes vivant en famille (fictive ou juridiquement attest&#233;e), avec un compagnon officiel et un ou plusieurs enfants, ne sont pas &#233;pargn&#233;es par la violence &#171; conjugale &#187;. Elles aussi, subissent cette violence sans protester car, peut-&#234;tre plus que les autres, leur d&#233;pendance &#233;conomique et sociale (et donc leur relative &#171; protection &#187;) est totale. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans ce parcours de violence je voudrais mentionner un fait important. Ce fait n'a pas de valeur statistique, il informe seulement sur des enjeux sociologiques et psychologiques rarement &#233;tudi&#233;s. Dans notre enqu&#234;te pr&#233;cit&#233;e, les femmes qui avaient subi des violences sexuelles, dans leur pays d'origine, &#233;taient beaucoup plus fr&#233;quemment agress&#233;es physiquement ou sexuellement au cours du voyage que les autres. Des expressions comme &#171; Quand est-ce que &#231;a s'arr&#234;tera ? &#187; est une expression que j'ai tr&#232;s souvent entendue. Ces femmes se retrouvaient prisonni&#232;res d'une r&#233;p&#233;tition sans fin du malheur. Bien entendu, les cons&#233;quences de ces violences ne sont pas seulement psychologiques. Elles ont des effets profond&#233;ment n&#233;gatifs &#224; long terme sur l'identit&#233; sociale et sexuelle des personnes ; mais pas seulement. L'agression et le viol sont des pratiques publiques, en particulier dans le d&#233;sert ou dans des zones peu habit&#233;es, et cette donn&#233;e est fondamentale. Cela signifie la chose suivante : celles qui auront &#233;t&#233; viol&#233;es vont voir leur r&#233;putation les pr&#233;c&#233;der avant m&#234;me d'arriver dans une ville d'un pays de transit. Les membres de sa communaut&#233; et des autres communaut&#233;s sauront qui a &#233;t&#233; viol&#233; et qui ne l'a pas &#233;t&#233;. Alors se mettra en place un m&#233;canisme d'exclusion quasi irr&#233;versible : ces femmes seront dor&#233;navant sales et souill&#233;es, devenues impures au mariage ou pour une liaison publique et l&#233;gitime. Un des effets symboliques et mat&#233;riels de cette mise &#224; l'&#233;cart est la constitution de groupes de femmes souill&#233;es, vivant entre elles et d&#233;pourvues de protection collective. Ces femmes ne s'appartiennent plus. Elles seront dor&#233;navant distingu&#233;es des autres et &#171; montr&#233;es &#187; comme des femmes mises &#224; la disposition des autres. Sans aucun doute possible, les violences sexuelles ne sont pas assum&#233;es comme sont assum&#233;s la faim, la soif ou le fait de se faire escroquer. Les violences sexuelles ne sont pas per&#231;ues, ni envisag&#233;es en tant qu'&#233;l&#233;ment constitutif du voyage, m&#234;me si celui-ci se d&#233;roule o&#249; doit se d&#233;rouler dans l'ill&#233;galit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pers&#233;cutions et pers&#233;cuteurs&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans l'espace des agents porteurs de violence, une figure se d&#233;tache et appara&#238;t fr&#233;quemment dans les r&#233;cits, celle des &#171; coupeurs de route &#187;. Contrairement &#224; une id&#233;e re&#231;ue les &#171; coupeurs de route &#187; ne sont pas apparus avec les flux migratoires des ann&#233;es 80-90. Ce ph&#233;nom&#232;ne, qui reste peu &#233;tudi&#233;, est en r&#233;alit&#233; connu depuis la p&#233;riode postcoloniale en Afrique. Il n'est pas exag&#233;r&#233;, ni historiquement erron&#233;, de dire que les &#171; coupeurs de routes &#187; qui font la grande crainte des voyageurs clandestins, sont issus d'une tradition fort ancienne qui r&#233;sulte d'une culture de la pr&#233;dation dont la pratique consiste &#224; s'approprier, par la violence et parfois le meurtre, des biens ou des personnes. Dans le pass&#233; les razzias &#233;taient fond&#233;es sur la technique du raid. Aujourd'hui, ce sont bien des groupes organis&#233;s et arm&#233;s qui proc&#232;dent par raids dans des lieux inaccessibles &#224; l'&#201;tat et &#224; ses repr&#233;sentants (police, pr&#233;fet, administration, etc.). Au fond les &#171; coupeurs de routes &#187; s'approprient des pratiques d&#233;j&#224; connues et s'inscrivent dans une sorte de routinisation de la violence au sein d'espaces lib&#233;r&#233;s par l'absence de repr&#233;sentants de forces de l'ordre et de l'&#201;tat-nation. Non seulement les flux migratoires n'ont en aucun cas engendr&#233; ce ph&#233;nom&#232;ne et les groupes qui en sont l'expression, mais l'existence et la pr&#233;sence de &#171; coupeurs de routes &#187; prend en fait la place de l'&#201;tat et met en question un de ses pouvoirs fondamentaux, un &#233;l&#233;ment constitutif fondamental de son identit&#233; d'&#201;tat : l'universalisation de sa pr&#233;sence, de son droit et de sa force sur tout son territoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Violence d'Etat par absence d'Etat&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est donc bien &#224; une instrumentalisation de cette absence d'&#201;tat (li&#233; &#224; sa d&#233;liquescence ou &#224; sa privatisation, &#224; l'absence de tout symbole ou de toute autorit&#233; &#233;tatiques, etc.) auxquelles se livrent les &#171; coupeurs de route &#187; en empruntant la technique de la violence pr&#233;datrice. Au fond ces groupes, sont le miroir renvers&#233; des &#201;tats de la r&#233;gion : ils sont la pr&#233;dation et le transfert de propri&#233;t&#233; par le bas, quand les &#201;tats sont la pr&#233;dation et le transfert de propri&#233;t&#233; par le haut. Cela signifie que dans tous les espaces o&#249; agissent les &#171; coupeurs de route &#187; on constate l'absence de deux m&#233;canismes qui sont au fondement de toute soci&#233;t&#233; nationale : la citoyennet&#233; et les droits du citoyen, ou plus pr&#233;cis&#233;ment l'absence d'un droit protecteur comme bras arm&#233; l&#233;gitime de l'&#201;tat. Claude Ab&#233; est ainsi parfaitement justifi&#233; &#224; inscrire l'inscription de ces deux institutions, les &#171; coupeurs de route &#187; et l'&#201;tat et son administration, dans un m&#234;me champ &#233;pist&#233;mique. Cela signifie que l'un et l'autre de ces dispositifs de pr&#233;l&#232;vements forc&#233;s et ill&#233;gitimes sont proprement incompr&#233;hensibles si on ne les relie pas, car ils sont objectivement et historiquement li&#233;s. Les &#171; coupeurs de route &#187; ne sont ni un &#233;piph&#233;nom&#232;ne, ni l'expression d'op&#233;rations marginales, ni l'existence spatiale de &#171; poches d'ins&#233;curit&#233; &#187;, mais une action organis&#233;e et planifi&#233;e ayant pour objet de gouverner des territoires fond&#233;e sur une violence (&#224; la fois criminelle et politique) qui s'oppose d'abord et avant tout au pouvoir d'&#201;tat et qui dispute &#224; ce dernier son monopole de la violence l&#233;gitime. Mieux encore, les &#171; coupeurs de route &#187; et tous les groupes semblables (peu importe le nom qui leur sont donn&#233;s : &#171; brigands &#187;, &#171; bandits &#187;, &#171; touaregs &#187;, &#171; rebelles &#187;, etc.), consacrent &#224; leur mani&#232;re, publiquement, c'est-&#224;-dire politiquement, la d&#233;monopolisation et la d&#233;ligitimation du pouvoir d'&#201;tat &#224; &#234;tre le seul d&#233;tenteur de la force et le seul gardien du territoire et de ses fronti&#232;res. En clair, l'Etat n'est nullement ma&#238;tre chez lui partout o&#249; il consid&#232;re qu'il est chez lui, car il a perdu, par la seule activit&#233; quasi quotidienne de ces groupes criminels, la capacit&#233; de contraindre et de commander sans &#234;tre ni contraint ni command&#233; par qui que ce soit. Alors que la construction de l'&#201;tat-nation est fondamentalement un processus de s&#233;curisation, le ph&#233;nom&#232;ne des &#171; coupeurs de route &#187; (et des groupes assimil&#233;s) est fondamentalement une &#339;uvre de d&#233;s&#233;tatisation, autrement dit d'ins&#233;curisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Avoir &#233;t&#233; viol&#233;e &#224; 500 m&#232;tres de sa fronti&#232;re nationale, dans une autre nation ou sur un territoire &#233;tranger, et avoir &#233;t&#233; viol&#233;e dans sa nation, sur son territoire national, implique un statut et une appr&#233;ciation diff&#233;rents de l'&#233;preuve. Pourtant dans les deux cas (violence et pers&#233;cution) il y a douleur et dommages. Le prix de la douleur se nomme pretium doloris et fait partie des pr&#233;judices r&#233;parables. Quant aux dommages, dans le cas de figure qui nous int&#233;resse ici, il est total : dommage du corps, dommage mat&#233;riel et dommage moral. Il y a dans les deux cas un pr&#233;judice caus&#233; par les souffrances ou les douleurs et le dernier dommage (moral) qui n'est pas le moindre, atteint la personne dans son affection, son honneur et sa r&#233;putation et, en droit, peut faire &#233;galement l'objet d'indemnisation ou, &#224; d&#233;faut, pour les migrantes violent&#233;es au cours du voyage, d'une r&#233;paration symbolique par le moyen d'une protection juridique. Les violences subies par les femmes pendant leur voyage clandestin doivent-elles rester et &#234;tre appr&#233;ci&#233;es, aux yeux des Etats et des institutions internationales, pour ce qu'elles ont toujours &#233;t&#233; : des violences passag&#232;res ou marginales ne sollicitant qu'une attention p&#233;riph&#233;rique, au mieux une discr&#232;te bienveillance ? Sans aucun doute non. Ces violences, dont la plus destructrice est la violence sexuelle, visent principalement des &#234;tres sans d&#233;fense, c'est-&#224;-dire des femmes qui n'ont pu ou qui ne peuvent pas &#234;tre d&#233;fendues, pr&#233;cis&#233;ment parce qu'elles n'existent pour personne, si ce n'est que pour elles-m&#234;mes et pour leurs agresseurs. Qu'il soit commis dans le pays d'origine ou au cours du voyage clandestin, un attentat sur le corps et l'esprit d'une femme (exploitation sexuelle, humiliation r&#233;p&#233;t&#233;e, prostitution forc&#233;e, viol collectif, etc.), dans ses causes et ses cons&#233;quences &#224; long terme, produit exactement le m&#234;me r&#233;sultat : un ensemble de r&#233;actions (ou sympt&#244;mes) constitutif de ce que la science m&#233;dicale et la psychiatrie appellent un &#233;tat de stress post-traumatique. Les cons&#233;quences ne sont que tr&#232;s rarement passag&#232;res, autrement dit il ne s'agit pas, pour les situations que nous avons &#233;tudi&#233;es, de perturbations qui ne persisteraient pas plus d'un mois. Il s'agit d'&#233;v&#232;nements d'une telle intensit&#233; et d'une telle gravit&#233; qu'une de ses caract&#233;ristiques, et non la moindre, est le fait de revivre pendant des ann&#233;es l'&#233;v&#233;nement en pens&#233;e de mani&#232;re persistante, d&#233;r&#233;glant ainsi l'ensemble des relations sociales et affectives par un &#233;vitement des situations qui rappellent l'&#233;v&#233;nement. L'itin&#233;raire effectu&#233; dans l'ill&#233;galit&#233; et la clandestinit&#233; (ce sont-l&#224; deux choses diff&#233;rentes) sera per&#231;u, apr&#232;s les violences subies, pour toujours comme un voyage traumatique. La question se pose d&#232;s lors de savoir si ces femmes ont besoin d'une protection nationale (autorisation de s&#233;jour) et internationale ? (Conventions de Gen&#232;ve de 1951 et application des textes internationaux qui traitent de la pers&#233;cution sp&#233;cifique aux femmes). La r&#233;ponse est sans &#233;quivoque : oui il est n&#233;cessaire qu'elles soient prot&#233;g&#233;es parce qu'elles ont &#233;t&#233; pers&#233;cut&#233;es du seul fait qu'elles &#233;taient des femmes. Et que cette pers&#233;cution est une pers&#233;cution sp&#233;cifique li&#233;e au fait d'appartenir &#224; une cat&#233;gorie sexuelle. Oui, il faut les prot&#233;ger, ne serait-ce que le temps des soins dans un pays qui en a les moyens et les comp&#233;tences. Se soigner ou &#234;tre aid&#233;e &#224; se soigner est impossible ou vou&#233; &#224; l'&#233;chec (voire m&#234;me peut aggraver la situation personnelle et familiale) dans une soci&#233;t&#233; o&#249; ce qui a &#233;t&#233; v&#233;cu (avant ou pendant le voyage) est socialement familier, politiquement tol&#233;r&#233; voire publiquement encourag&#233;. Il ne s'agit pas de millions de personnes mais de quelques milliers de femmes qui &#233;taient particuli&#232;rement vuln&#233;rables dans leur pays d'origine ou qui le sont devenues au cours du voyage ou dans le dernier pays de transit.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Discours de Madeleine Gobeil - Prix Beauvoir 2016</title>
		<link>https://www.prixsimonedebeauvoir.com/Discours-de-Madeleine-Gobeil-Prix-Beauvoir-2016.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.prixsimonedebeauvoir.com/Discours-de-Madeleine-Gobeil-Prix-Beauvoir-2016.html</guid>
		<dc:date>2016-03-23T17:37:52Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Madeleine Gobeil, Tiphaine Martin</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;HOMMAGE A GIUSI NICOLINI MAIRE DE LAMPEDUSA &lt;br class='autobr' /&gt;
Madame La Pr&#233;sidente du Jury, Mesdames et Messieurs Ch&#232;re Giusi NICOLINI, Maire de Lampedusa &lt;br class='autobr' /&gt; &#200; un piacere e un onore di rendervi omaggio, oggi, che diventate la novesima Laureata del Premio Simone de Beauvoir per la libert&#224;. Mi sembra impossibile dire - Giusi NICOLINI &#8211; senza aggiungere immediatamente - Sindaco di Lampedusa - perch&#233; il vostro nome &#232; associato a questa piccola isola del Mediterraneo che il poeta ARIOSTO nel Orlando Furioso, (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.prixsimonedebeauvoir.com/-Les-discours-.html" rel="directory"&gt;Les discours&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.prixsimonedebeauvoir.com/local/cache-vignettes/L107xH150/arton15-bb3f5.jpg?1754257609' class='spip_logo spip_logo_right' width='107' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;HOMMAGE A GIUSI NICOLINI&lt;br class='autobr' /&gt; MAIRE DE LAMPEDUSA&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Madame La Pr&#233;sidente du Jury,&lt;br class='autobr' /&gt;
Mesdames et Messieurs&lt;br class='autobr' /&gt;
Ch&#232;re Giusi NICOLINI, Maire de Lampedusa&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&#200; un piacere e un onore di rendervi omaggio, oggi, che diventate la novesima Laureata del Premio Simone de Beauvoir per la libert&#224;. Mi sembra impossibile dire - Giusi NICOLINI &#8211; senza aggiungere immediatamente - Sindaco di Lampedusa - perch&#233; il vostro nome &#232; associato a questa piccola isola del Mediterraneo che il poeta ARIOSTO nel Orlando Furioso, ai tempi antichi, descriveva come una piccola isola quasi ricoperta dal mare che la circonda.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Je disais donc &#224; notre amie Giusi Nicolini que c'est un plaisir et un honneur de lui rendre hommage aujourd'hui , o&#249; elle devient la 9&#232;me laur&#233;ate du prix Simone de Beauvoir pour la libert&#233;. Il me semble impossible de dire &#171; Giusi Nicolini &#187; sans ajouter aussit&#244;t &#171; Maire de Lampedusa &#187; tant son nom est associ&#233; &#224; cette petite ile du sud de la M&#233;diterran&#233;e que le po&#232;te ARIOSTE, dans Roland furieux, aux temps anciens, d&#233;crivait comme une &#171; petite &#238;le, presque ensevelie sous la mer qui l'entoure &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Vous &#234;tes une enfant des &#238;les, vous n'avez presque jamais quitt&#233; votre &#238;le que vous aimez passionn&#233;ment. Quand vous regardez au loin, c'est la mer, quand vous levez les yeux, vous voyez l'infini qui exalte votre combat ici et maintenant. Les gens des &#238;les, dit-on, ont souvent le caract&#232;re bien tremp&#233;. L'&#238;le de Lampedusa de 20 kilom&#232;tres carr&#233;s, comme les &#238;les voisines de Malte, de Linosa et de Pantalleria, fut habit&#233;e d&#232;s la Pr&#233;histoire.Elle est li&#233;e &#224; l'histoire des peuples qui ont sillonn&#233; la M&#233;diterran&#233;e pour le commerce et ont combattu pour sa conqu&#234;te, des Ph&#233;niciens &#224; nos jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	C'est &#224; Lampedusa que vous vous &#234;tes forg&#233;e un destin.Toute jeune, il y a trente ans d&#233;j&#224;, soutenue par un p&#232;re discret et aimant, vous avez voulu vous mettre au service des &#234;tres humains qui vous entouraient. Votre vie serait une vie POLITIQUE que vous avez envisag&#233;e d'entr&#233;e de jeu comme une ETHIQUE au sens o&#249; Hannah Arendt l'entendait, une solidarit&#233; avec ceux dont vous vous saviez RESPONSABLE. Vous &#234;tes une militante qu'int&#233;resse l'action, l'&#233;nergie, le faire au service des autres et c'est ce qui donne sens &#224; votre vie. Vous avez toujours anticip&#233; les &#233;v&#233;nements. Bien avant que le souci de l'environnement devienne la grande pr&#233;occupation de notre &#233;poque, vous avez su dans vos jeunes ann&#233;es de maire-adjointe sensibiliser la population de Lampedusa en cr&#233;ant dans cette terre aride un beau parc naturel, afin de prot&#233;ger les esp&#232;ces v&#233;g&#233;tales et animales. Il y a 40 ans les tortues &#233;taient sur la table des habitants de Lampedusa et on chassait les dauphins. Aujourd'hui la r&#233;serve naturelle des tortues est devenue c&#233;l&#232;bre pour l'enchantement des touristes et des enfants. En m&#234;me temps, vous vous &#234;tes fait beaucoup d'ennemis, lorsque vous avez voulu prot&#233;ger le rocher de la sp&#233;culation immobili&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Mais un &#233;v&#233;nement a boulevers&#233; votre vie : l'arriv&#233;e par flots continus &#224; travers les ann&#233;es et &#224; partir surtout des ann&#233;es 2000 de ces embarcations de fortune, de ces rafiots qui &#233;chouaient sur l'&#238;le, transportant &#224; leur bord des centaines de migrants d&#233;munis, hommes, femmes, enfants fuyant la guerre et la mis&#232;re en qu&#234;te d'une vie meilleure. Ils ont &#233;t&#233; accueillis, h&#233;berg&#233;s, nourris, v&#234;tus par la population de Lampedusa. Mais que faire quand 15,000 migrants sont &#233;parpill&#233;s parmi une population qui compte 6000 habitants et que, in&#233;vitablement, les tensions sociales surgissent malgr&#233; les bonnes volont&#233;s. Au temps du gouvernement pr&#233;c&#233;dent certains ont voulu que le centre d'accueil temporaire devienne un centre d'expulsion, une sorte de prison &#224; ciel ouvert. Les migrants comme aussi les habitants de l'&#238;le ont refus&#233; cette proposition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Forte de toute l'exp&#233;rience que vous avez v&#233;cue pendant une trentaine d'ann&#233;es et ayant acc&#233;d&#233; au poste de maire en 2012, vous avez d&#233;cid&#233; que la situation ne pouvait plus durer, qu'il vous fallait parler, alerter votre gouvernement, l'Europe,la communaut&#233; internationale, les m&#233;dias avec des demandes d'aide pr&#233;cise pour les migrants qui r&#233;clament l'asile dans l'indiff&#233;rence g&#233;n&#233;rale. Vous vous &#234;tes &#233;cri&#233;e : &#171; comment peut-on accepter au XXI &#232;me si&#232;cle de demander l'asile &#224; la nage ? &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Dans un premier temps,vous vous &#234;tes heurt&#233;e &#224; une certaine indiff&#233;rence devant ce que le Pape Fran&#231;ois a d&#233;crit comme &#171; un holocauste moderne &#187;. Il vous a apport&#233; un appui engag&#233; lorsqu'il vous a rendu visite en juin 2013 en vous disant : &#171; vous avez fait de cette petite &#238;le une grande cause &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Quelques mois plus tard, en octobre 2013, Lampedusa &#233;tait le th&#233;&#226;tre d'une immense trag&#233;die avec la mort par noyade de 366 migrants &#224; quelques centaines de m&#232;tres des c&#244;tes de l'&#238;le. Vous &#233;tiez sur le m&#244;le, accueillant les morts, sauvant les survivants. Quelle descente aux enfers ! Avec une constance opini&#226;tre, avec un sto&#239;cisme exemplaire et inimitable, Antigone des temps modernes, forte du sacrifice et de l'effacement de soi, vous avez de nouveau endoss&#233; votre fardeau pour continuer &#224; sauver de nouvelles vies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Vous travaillez en harmonie avec ces gardes-c&#244;tes de l'Agence Frontex qui ont perfectionn&#233; leurs techniques afin de pouvoir sauver le plus de vies possibles. Vous avez cr&#233;&#233; un nouveau centre d'accueil un centre mod&#232;le qu'on vient visiter du monde entier, un des seuls centres existant en Europe o&#249; des &#233;quipes de m&#233;decins, de psychologues, d'animateurs, d'assistants sociaux vous assistent d&#233;sormais pour donner un peu d'espoir aux rescap&#233;s.Vous accordez une attention particuli&#232;re aux femmes qui ont presque toutes subi de s&#233;rieux s&#233;vices moraux et corporels pendant leur long voyage vers la LIBERT&#201;. Lampedusa et l'Italie sont en premi&#232;re ligne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	On sait aussi que la situation est devenue catastrophique depuis l'&#233;t&#233; dernier, que l'Europe tarde &#224; comprendre que tous les pays sont responsables de la situation, et qu'il faut changer les politiques inhumaines d'asile et d'immigration, qu'il n'est plus possible de se d&#233;tourner des r&#233;fugi&#233;s et des demandeurs d'asile, que les cl&#244;tures n'emp&#234;cheront pas la venue des d&#233;sesp&#233;r&#233;s. En 2015, selon l'Agence des Nations Unies pour les r&#233;fugi&#233;s, plus de 750,000 migrants ont travers&#233; la M&#233;diterran&#233;e et pr&#232;s de 3,44O de sont noy&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Ch&#232;re Giusi Nicolini, vous savez qu'en son temps, Simone de Beauvoir a particip&#233; aux grands combats de son &#233;poque, qu'il s'agisse de la guerre d'Alg&#233;rie, de la guerre du Vietnam, de la cause anti-apartheid en Afrique du Sud et l'on conna&#238;t son engagement et son implication dans les mouvements en faveur des femmes comme le Manifeste des 343 sur l'avortement, le mouvement de lib&#233;ration des femmes comme aussi la Ligue du Droit International des femmes. Elle a montr&#233; avec Le Deuxi&#232;me Sexe tant de mani&#232;res d'envisager et de changer le monde et notre condition. Elle aurait admir&#233; votre grande le&#231;on d'espoir et d'&#233;nergie, votre mani&#232;re d'&#234;tre au service de l'obligation universelle envers tous les &#234;tres humains. En vous choisissant comme notre laur&#233;ate 2016 ,le Jury a pens&#233; que vous &#233;tiez dans la continuit&#233; de la pens&#233;e de Simone de Beauvoir de son sens des responsabilit&#233;s, de sa g&#233;n&#233;rosit&#233; l&#233;gendaire, de sa sensibilit&#233; tourn&#233;e vers les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Cara GIUSI, voi avete capito che cos'&#232; l'esilio. Siete une donna dell'altrove...LALTROVE, diceva Simone de Beauvoir &#171; &#233; una parola ancora pi&#249; bella che tutti altre nomi. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Ch&#232;re Giusi Nicolini vous savez ce qu'est l'EXIL...Vous &#234;tes une femme de &#171; L'AILLEURS &#187;... &#171; L'ailleurs, disait Simone de Beauvoir, est un mot encore plus beau que tous les autres noms &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Comme Simone de Beauvoir, vous avez ch&#232;re Giusi tent&#233; de cr&#233;er votre propre destin et de ne c&#233;der sur rien. Nous admirons votre courage et votre volont&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Acceptez toutes nos f&#233;licitations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Madeleine Gobeil&lt;br class='autobr' /&gt;
14 janvier 2016&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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